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Longueuil à l’orée d’une nouvelle ère

par Nicolas Sacchetti

C’est le temps aux électeurs de se faire entendre, et de faire des choix pour les années à venir. Les Québécois sont conviés à voter pour l’administration de leur municipalité le 7 novembre prochain. Alors que les projecteurs médiatiques sont rivés sur la métropole du Québec, la place pour informer les citoyens qui habitent ailleurs qu’à Montréal est grandement disproportionnée. Ici vous est proposée une analyse du paysage électoral de Longueuil. 

Sylvie Parent a succédé à Caroline St-Hilaire à la mairie de Longueuil en 2017. Elle était son bras droit sous son administration. Un an plus tard, face à une minorité de 5 conseillers sur 15 pour gérer la Ville, s’en sont suivis huit suppléants pour pourvoir son poste. Depuis avril 2020, c’est Monique Bastien qui l’occupe. À titre de mairesse suppléante, elle a tous les pouvoirs exécutifs qui en retournent, mais la mairesse en titre, Sylvie Parent, garde un droit de véto le cas échéant. 

L’année passée à pareille date, c’était le scandale de l’abattage d’une quinzaine de cerfs au parc Michel-Chartrand. Aucune consultation publique n’avait eu lieu pour discuter de la problématique avec la population au préalable. En peu de temps, 27 000 personnes avaient signé une pétition contre cette mesure. Sylvie Parent avait même dû être sous protection policière à la suite de cet événement.

La COVID-19 est débarquée dans l’humanité depuis. La surchauffe immobilière s’est accentuée. Les priorités des citoyens ont évoluées. C’est dans ce contexte que quatre partis briguent l’investiture de la gestion de Longueuil. 

Leadership

Action Longueuil (AL) est le parti en place jusqu’au 7 novembre prochain. Jacques Létourneau se présente à la tête de l’équipe d’AL. Il mise sur sa présidence de la CSN de 2012-2021 et celle du  syndicat  des employés de l’hôpital Charles-Le-Moyne pour assoir son leadership. 

Jean-Marc Léveillé est un homme d’affaires longueuillois. Il est le chef de l’équipe Longueuil Citoyen (LC). Il veut miser sur la fierté d’habiter Longueuil. Se dit reconnu pour être un homme de parole. Il veut une approche clientéliste. 

La définition de clientélisme du dictionnaire Antidote va comme suit : « Fait pour un homme ou une femme politique, ou un parti, de chercher à élargir son influence et sa clientèle par des moyens plus ou moins démagogiques. » Les électeurs·trices pourraient être rebutés par l’approche, avant même d’avoir pris connaissance de sa plateforme. 

Voir la politique par une approche client, est peut-être faire preuve de manque d’humanité ou même de ne pas saisir le côté sacré de l’engagement à servir la population, et bâtir un monde meilleur. 

Longueuil Citoyen, propose de traiter vos requêtes pareil aux achats en ligne que vous effectuez. Une fois entrée dans le système, vous devriez être en mesure de suivre son évolution et d’évaluer votre satisfaction du service rendu après coup. La conception d’un élu pour LC est d’être un « intermédiaire entre les citoyens et l’administration municipale. » On est loin ici de l’implication citoyenne comme acteur de son milieu.

La description du leadership de la Coalition Longueuil (CL) de l’équipe de Catherine Fournier est tout autre. La CL veut favoriser la participation citoyenne : « Il est de la responsabilité de la Ville de Longueuil d’impliquer davantage la population dans le processus décisionnel », précise Catherine Fournier sur son site. Ce qui semble de prime abord d’une évidence est en fait un élément manquant de la dernière administration de la Ville. 

Vous connaissez Mintzberg, ce Professeur Cleghorn des études de gestions à l’université McGill ? Il enseigne qu’un bon leadership doit avoir cette part de communityship, un néologisme de son cru. Il est question de l’engagement collectif des acteurs du milieu dans leur communauté. « Ce dont nous n’avons pas besoin, c’est de cette obsession du leadership d’un individu qui se distingue des autres, comme s’il était la finalité de l’organisation. Il faut donc moins de leadership, ou peut-être mieux, juste assez de leadership, intégré dans la communauté. » -Mintzberg 2015 

La CL est la seule à mettre la participation citoyenne dans sa plateforme, avec plusieurs propositions : Office de consultation publique, diffusion de données statistiques sur les services rendus, dispositions limitant les exceptions au caractère public des délibérations des élus, comités de bon voisinage pour discuter de divers enjeux, etc.

Josée Latendresse est à la tête de l’équipe Longueuil Ensemble (LE). Elle se targue d’être « la seule à avoir de l’expérience municipale, la connaissance interne de Longueuil et de l’Agglomération. » Ce qui est totalement faux. C’est un affront à tous les candidats d’expérience qui se présentent à l’élection, et qui ont travaillé de près ou de loin avec les gens au pouvoir par le passé. 

Débuter sur une affirmation mensongère une campagne électorale n’est pas de bon augure, et peut laisser pantois plus d’un électeur. Tout comme LC, LE veut améliorer le service téléphonique 311. LE veut le rendre 24/7. Longueuil Ensemble veut aussi une vision commune du territoire de l’Agglomération : Longueuil, Boucherville, St-Bruno, St-Lambert, et Brossard.

Sur le plan de l’implication, LC veut créer un bureau de consultation publique où les citoyens pourront émettre leur opinion. Dans une société de savoir où l’on peut profiter de l’expertise de professionnels·les en urbanisme ou un autre métier, la LC veut élever le citoyen au rang d’expert en aménagement urbain. Au lieu de présenter les propositions des experts du milieu sur une problématique donnée.

Longueuil Citoyen a déposé une plainte au DG des élections pour complaisance de la part de Québecor dans la couverture électorale de Longueuil. Faut-il encore faire preuve de sérieux et proposer des solutions qui ne relèvent pas de la pensée magique pour qu’on s’intéresse à ce parti. Surtout alors que la Coalition Longueuil a en main des idées aussi prometteuses. 

La mise sur pied de la Table des élus est-elle de la poudre aux yeux ? C’est à ne rien y comprendre que cette façon de faire ne soit pas déjà une norme de tout bon gouvernement. Explication. Il est question de réunir à une même table les élus « représentants les citoyens de la Ville de Longueuil. » Tous paliers de gouvernement, de tous les partis confondus. « Cette instance permettrait de faciliter la circulation d’information entre eux, de travailler de façon concertée sur les différents dossiers et d’améliorer leur efficacité », est-il expliqué dans la plateforme de la Coalition Longueuil. 

Donc il y aurait autour de la Table, 21 députés. Les 15 élus de la Ville de Longueuil, la personne qui prendra le siège de député de Marie-Victorin, qui est Catherine Fournier en ce moment, Ian Lafrenière, député de Vachon (CAQ), Nicole Ménard, députée de Laporte (PLQ), Lionel Carmant, député de Taillon (CAQ), Sherry Romanado, députée de Longueuil-Charles-LeMoyne (PLC), et Denis Trudel, député de Longueuil-St-Hubert (Bloc). 21 députés à travailler de concert sur les enjeux propres au territoire en question.

Finances

AL veut une augmentation de taxes selon l’inflation 2%/année (4ans), redistribuer une partie des surplus budgétaires en ajout de services et budget participatif citoyen, et la possibilité de payer ses taxes en 6 versements. 

La CL ne mentionne rien à ce chapitre.

AC alors à l’opposition officielle, a voté contre le budget Parent 2020 de 447,4M$ étant contre la hausse moyenne de taxes résidentielles de 2,5%. Se limiter à l’inflation aurait été suffisant selon Xavier Léger alors chef de l’opposition officielle. L’AC veut profiter d’autres sources de revenus en exploitant la Loi 122 « qui accorde aux municipalités un pouvoir général de taxation, pourvu qu’il s’agisse d’une taxe directe et veut être respectueux de la capacité de payer des citoyens. »

Habitation

La priorité 1 pour Action Longueuil et la Coalition Longueuil. Tous les partis sont d’accord pour protéger le patrimoine de la Ville. On veut aussi des logements abordables. Pour y parvenir, AL veut aller chercher le financement à Québec et au Fédéral. 

La CL veut encadrer la densification de Longueuil et la garder « à l’échelle humaine ». Dans cet ordre d’idée, on veut bâtir en évitant de construire les ilots de chaleur. « Obliger l’intégration de toits blancs ou verts et la préservation des arbres matures dans les nouveaux projets, ainsi que des incitatifs pour y intégrer des cours intérieures. » On veut aussi que les nouvelles constructions répondent aux besoins des familles. Ils en feront un règlement d’inclusion.

Longueuil Ensemble, veut des quartiers qui se vivent et se marchent en 15 minutes. Afin de réduire l’utilisation de la voiture et d’améliorer la qualité de vie des citoyens, vivre dans un milieu où tout est accessible à la marche est une solution intéressante. Le coup de barre du bâtiment titanesque à infliger pour renverser la tendance à magasiner dans des entrepôts comme Costco au lieu de fréquenter des commerces de proximité semble inconcevable. 

La certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) Leadership en énergie et en design environnemental est un système d’évaluation pour les bâtiments durables. Selon le Canada Green Council : « les bâtiments LEED coûtent moins cher à exploiter, réduisent jusqu’à 40 pour cent les factures d’eau et d’énergie et augmentent la productivité des employés et la satisfaction globale des occupants. » Ceci est une proposition intéressante de Longueuil Ensemble. 

La Coalition Longueuil veut un Sommet panquébécois sur l’habitation : réunir les différents paliers de gouvernement, le milieu académique, la société civile, et le secteur privé. Les pistes de solutions sont d’offrir des logements municipaux placés prévus par la Loi de la fiducie d’unité sociale du Code civil du Québec de 1994. Voici l’article 1270 : « La fiducie d’unité sociale (FUS) est celle qui est constituée dans un but d’intérêt général, notamment à caractère culturel, éducatif, philanthropique, religieux, ou scientifique. La FUS n’a pas pour objet essentiel de réaliser un bénéfice ni d’exploiter une entreprise. »

Pour Laurent Levesque, DG de l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE) : « Le principe du droit au logement nous amène à espérer que chaque ménage ait accès à un logement décent et sécuritaire, à la portée de son portefeuille. C’est pourquoi la classe moyenne mérite elle aussi des logements hors marché. »

La CL propose aussi les baux emphytéotiques avec la possibilité d’acheter l’appartement. Il est déjà connu que Catherine Fournier s’allie avec Stéphane Boyer, candidat dans la continuation des projets d’habitation du maire sortant Marc Demers avec la Commission de l’habitation et du logement social et sa politique d’habitation de 2017. Les orientations vont de proposer une offre diversifiée y compris de logements sociaux  et à l’écoresponsabilité des bâtiments. Peut-être assisterons-nous dans les prochaines années à une atténuation de la surchauffe immobilière au Québec suite au leadership de ces deux jeunes politiciens.

Aéroport de St-Hubert

Pour les résidents de St-Hubert et des environs, l’enjeu de l’aéroport de St-Hubert géré par l’entreprise DASH-L a son poids considérable dans la balance du choix des électeurs. Il est question de pollution de l’air et par le bruit. Depuis avril 2019, la compagnie Chrono Aviation utilise l’aéroport de St-Hubert pour faire voler ses Boeing 737-200 de jour comme de nuit. 

Le Comité antipollution des avions Longueuil (CAPA-L) et des groupes de citoyens veulent au minimal que les vols de nuit cessent. La pollution par le bruit de cet aéroport en dérange plus d’un alors que les résidents du Boisé-du-Tremblay ont signé en août dernier une pétition (près de 200 signatures) initiée par Marie-Josée Parent pour faire cesser le bruit des hélicoptères d’Hélicraft qui passent au-dessus de chez eux. La problématique se transporte même jusqu’à St-Bruno-de-Montarville où 928 signatures d’une pétition contre le bruit du trafic aérien de cet aéroport ont été présentées à la Chambre des communes en juin 2020.

Pour adresser cette problématique, la Coalition Longueuil propose de « décréter un moratoire sur le projet de développement de l’aéroport le temps d’actualiser la consultation de 2010… » La CL veut aussi « négocier la cessation des vols de nuit, à l’exception des urgences ». 

Automobile

Il semble que les politiciens sont des amateurs de rallyes automobiles tout-terrain. En plus de circuler sur des routes en mauvais états, où l’on doit éviter les trous non pas par conduite en état d’ébriété, mais bien par souci de précaution de sauvegarde du véhicule automobile, tous semblent d’avis qu’il est une bonne idée d’ajouter des dos d’âne sur les routes afin d’accentuer l’expérience rallye du conducteur. 

Aussi, peut-être les politiciens ont-ils la folle idée que l’humain dépasse la machine, mais à la version Usain Bolt qui court le 100 mètres en vitesse de pointe à 44,7 km/h. Étant donné que les voitures seront limitées à 30km/h dans les rues. Courir pourrait devenir un modèle plus efficient, et les causes de somnolence au volant pourraient grimper en flèche. Il faudrait faire attention à ce dernier point. Toutefois, personne ne propose de mettre davantage de texture sur l’asphalte afin de prévenir ce risque.  

Office de consultation publique

Alors que le parti  Coalition Longueuil aborde le thème de la transparence dans sa plateforme électorale, la présentation des élus omet des informations qui pourraient causer le moindre remous médiatique. 

Environnement

La science a le dos large ces temps-ci avec la pandémie. Si elle s’appuie sur des connaissances exactes, n’en demeure pas moins que ces connaissances sont exactes jusqu’à ce qu’on trouve mieux. Et que des contradictions puissent exister dans les théories mises de l’avant. 

La CL veut nommer un conseiller scientifique en chef à la Ville. Même si de prime abord cette idée semble de bon augure, n’en demeure pas moins qu’on pourrait l’utiliser pour justifier des mesures selon une étude précise, mais qui va à l’encontre d’une certaine éthique et qui pourrait être réfutée par d’autres scientifiques tout aussi éminents. Couteau à double tranchant ? C’est l’air du temps.

Selon le professeur titulaire de la Chaire des changements climatiques de l’Université Del Rosario en Colombie, Manuel Guzman Hennessey : «  Les acteurs non étatiques, villes en tête, doivent être les premiers à semer les graines d’une société sans carbone. » Le programme « Les villes vers zéro » auquel la CL souhaite adhérer propose aux villes de s’équiper uniquement d’autobus zéro émission à partir de 2025 ou encore de réduire d’au moins 15% la quantité de déchets produits par habitant.

Sécurité

Le feu a jeté les bases de la société humaine. Darwin  le considérait conjointement au langage, « les deux plus grandes réalisations de l’être humain », selon l’article de Jerry Adler Why Fire Makes Us Human du Smithsonian Magazine de juin 2013. Voilà une raison pourquoi certains puissent accueillir positivement la proposition de la Coalition de consulter le public sur la réglementation des feux extérieurs dans les quartiers. Qu’on embroche le cochon, et que l’on fête dans les cours, en toute liberté.

À la lecture de la plateforme de la Coalition Longueuil, on ne devrait pas pouvoir dire qu’ils improvisent lors de leur éventuel mandat. Les idées sont claires, détaillées et multiples. Sur papier, c’est limpide. Avec plus de 45% des intentions de vote, reste à savoir si la CL saura gérer la Ville à la hauteur des attentes qu’ils aient aspirées à la population.

Contrôle de l’information

La liberté de presse est une des premières libertés que les peuples s’attribuent, lorsqu’ils rejettent les régimes autoritaires. C’est aussi le premier boulet tiré par Trump. Il a profondément ébranlé la confiance du public face aux médias. Une nouvelle lui fait mauvaise figure, accusations : FakeNews.

Nos voisins du Sud toussent, nous attrapons la grippe. Aux prochaines élections, les conservateurs Éric Duhaime, Maxime Bernier et Erin O’Toole vont nous servir un populisme à la Trump. Nous devrons endiguer l’hémorragie. 

En Russie, Navalny dénonce la corruption. On l’empoisonne au Novitchok. En détention, on craint pour sa vie. Il est torturé par la privation de sommeil. 

La presse est le contre-pouvoir, le chien de garde de la démocratie. Trump répète des mensonges, les gens finissent par y croire. Poutin étouffe la liberté de parole, il brime le peuple.

Au Québec, le phénomène est aussi présent. Jean LALA Tremblay, ancien maire du Saguenay / Jeannot Boudreau – Rivière-au-Tonnerre –  utilisent le boycottage pour se faire justice soi-même lorsqu’ils sont frustrés des nouvelles.

La Commission Charbonneau est un exemple du travail journalistique d’intérêt public. Elle a soulevé plusieurs débats en révélant la corruption dans l’appareil gouvernemental. 

Radio-Canada refuse de diffuser l’idéologie politique du gouvernement, et de ce fait, on lui coupe son financement. Sheila Copps (ministre du patrimoine canadien) : « Cela n’a pas de bon sens que nous défrayions les coûts de la SRC quand il n’y a pas de responsabilité envers l’unité canadienne ». Stephen Harper a réduit la contribution gouvernementale de 115 million en 3 ans . Il affirme que « beaucoup de personnes à Radio-Can détestent les valeurs du Parti conservateur ». 

Le statut d’indépendance de Radio-Can est fragile, car la sélection de son CA relève davantage de nominations partisanes que de compétences professionnelles. 

La Commission Kent  avait conclu que : «  Les conglomérats industriels produisent de mauvais journaux ». Ceci est une flèche que je pointe vers Québecor.

Le Comité sénatorial des communications de 2006,  dit : « Peu importe le degré d’imperfection des choses, quand il y a liberté de presse, tout peut se corriger, alors qu’en son absence, tout peut se dissimuler. » 

Quand l’information est contrôlée, le journalisme ne peut pas être le protecteur de la vérité. 

COVID-19 : des conséquences neurologiques et psychiatriques

par Nicolas Sacchetti

Le 6 avril 2021, l’Université d’Oxford publie une étude réalisée sur 236 379 patients américains ayant contracté la COVID-19. Un lien existe entre l’infection virale et la santé mentale des patients.

Les séquelles au cerveau peuvent aussi survenir aux personnes qui développent une forme légère de COVID-19, il en est de même pour les personnes asymptomatiques, porteuses du SARS-CoV-2. L’étude révèle qu’un peu plus de 25% des patients admis aux soins intensifs, à la suite de l’infection virale, ont souffert de répercussions neurologiques ou psychiatriques pour la première fois de leur vie. Les séquelles se sont manifestées dans les 6 premiers mois de la maladie. De ce nombre admis aux soins intensifs, près de 3% ont subi un accident vasculaire cérébral (AVC), 2% ont souffert de démence, 13% de troubles de l’humeur, troubles anxieux, et même psychotiques. Le pourcentage de ces troubles psychiatriques grimpent au-delà des 25% lorsqu’on inclut les patients avec des conditions préexistantes. Le syndrome de Guillain-Barré, qui se manifeste par une perte des capacités motrices d’une partie du corps, fait aussi partie de la liste des séquelles laissées par la COVID-19. Il est avancé que le virus passe par le système nerveux central pour affecter le cerveau, mais davantage de recherches sont nécessaires pour en préciser la cause exacte.

Bien que présentes à 0,33% des cas, les conséquences neuropsychiatriques du syndrome de Guillain-Barré affectent un nombre considérable de gens à travers le monde. Pour donner un ordre de grandeur, au moment où ces lignes sont écrites, 138 252 104 cas de COVID-19 sont répertoriés dans le monde jusqu’à présent, selon le site de Radio-Canada. Cela voudrait dire que pas moins de 456 000 personnes pourraient en être touchées. 

Les personnes les plus à risque d’être victime d’un AVC, de la démence, ou du délire, sont celles qui ont été hospitalisées aux soins intensifs. Compte tenu de la sévérité de la maladie, les formes bénignes peuvent tout de même causer de la dépression et des troubles anxieux. L’étude mentionne que ces conséquences sont bel et bien dues au coronavirus qui agit dans le cerveau, et non simplement un aléa qu’une personne malade peut ressentir.

Selon les auteurs de l’étude, le Docteur Maxime Taquet et ses collègues de l’Université d’Oxford : « L’association entre la COVID-19 et les diagnostics d’incidents cérébraux vasculaires et de neurodégénérescence, comme la démence, sont inquiétants. » Il est noté que les séquelles reliées à l’infection virale semblent largement répandues et pourraient persister au-delà de 6 mois. La maladie de Parkinson post-COVID-19 est aussi sur le radar des chercheurs. Toujours selon l’étude publiée dans la revue Lancet Psychiatry, ces données robustes demandent une attention particulière, malgré le manque d’information dans les dossiers de santé électronique consultés. Les informations liées au mode de vie ainsi que les facteurs socioéconomiques restent inconnus. Les séquelles neurologiques et psychiatriques de la COVID-19 sont sous-estimées, selon cette étude : « Il faut voir comment se porteront ceux qui ont subi la COVID-19, sans toutefois en avoir eu un diagnostic ou un suivi médical. »

Apprendre des expériences antérieures

Si l’infection de la COVID-19 suit un parcours similaire à ceux des MERS de 2002 (Moyen-Orient) et du SARS de 2012 (Chine), la plupart des patients devraient s’en sortir sans maladie mentale. Selon une étude psychiatrique de l’Université College London au Royaume-Uni, le délire est courant lorsque les patients sont aux soins intensifs. Pour ces coronavirus, s’en est suivi fréquemment le trouble de stress post-traumatique, la dépression, les troubles anxieux, et la fatigue chronique. 

Les précédentes pandémies de grippe, comme celle de 1918, ont aussi entraîné des conséquences neuropsychiatriques à long terme. Plusieurs raisons font que la pandémie affecte la santé mentale des humains : l’isolement social, la distanciation physique, la mise en quarantaine, le stress chez les travailleurs essentiels, le chômage et les difficultés financières.

Comment se concrétise cette réalité ?

Michael Pinney, un kinésiologue dans la trentaine, contracte la COVID-19 en fin décembre 2020. Dès la deuxième semaine, des troubles anxieux se manifestent. Il n’a aucun autre symptôme physique. Son médecin lui prescrit des antidépresseurs. À la fin janvier, son état se détériore, et Michael fait une embolie pulmonaire. Il n’est jamais à bout de souffle, mais tousse et crache du sang. Michael est hospitalisé pendant 3 jours. En date d’aujourd’hui, le kinésiologue prend toujours des anticoagulants afin de dissoudre les caillots de ses poumons. Ses troubles anxieux perdurent jusqu’à présent et il mentionne : « l’anxiété m’a effectivement pris par surprise et je ne suis sûrement pas le seul ».

L’étude du Docteur Maxime Taquet et son équipe souligne que « la maladie est suivie de taux considérables de diagnostics neurologiques et psychiatriques et que la santé publique doit agir pour anticiper le besoin à venir. »